Depuis octobre 2024, Annarita anime les ateliers de français de ProLog-emploi. Plus qu’un simple apprentissage de la langue, ses cours sont des espaces de confiance, de partage et de prise de parole.
Dans cet entretien, elle nous raconte son parcours dans les soins, son histoire familiale et ses valeurs profondes qui nourrissent sa manière d’enseigner et d’accompagner.
Est-ce que tu peux te présenter et nous raconter ton parcours ?
Je m’appelle Annarita Pasquali-Laucella et je suis formatrice de français chez ProLog-emploi depuis une année. Mon parcours professionnel a débuté par un diplôme de commerce, mais je me suis rapidement orientée vers le domaine des soins. Intéressée par l’accompagnement des personnes âgées, j’ai suivi une formation et obtenu un certificat d’aide-soignante. Cette expérience a été une véritable révélation: c’était exactement ce que je recherchais – la communication, l’accompagnement, le côté humain et le lien.
J’ai ensuite exercé ce métier pendant 25 ans dans un EMS, où j’ai occupé divers postes dans les soins mais également au secrétariat médical et à l’animation. Chacune de ces expériences avait du sens pour moi, car l’essentiel était de favoriser le bien-être des résident·e·s. Pour moi, « le soin » va bien au-delà du geste technique : c’est avant tout le soin de la personne dans son entier.
Qu’est-ce qui t’a poussée à te tourner vers la formation ?
Grâce à une connaissance, j’ai eu l’opportunité d’intervenir dans une école à Sion auprès des assistant·e·s socio-éducatif·ve·s (ASE), des assistant·e·s en soins et santé communautaire (ASSC) ainsi que des gestionnaires et employé·e·s en intendance. Pendant quelques années, j’ai animé des formations sur l’accompagnement des résident·e·s dans les deuils qu’ils et elles vivent lors de leur entrée en EMS, ainsi que sur le rôle des professionnel·le·s lors de la fin de vie. À titre privé, j’ai aussi animé plusieurs ateliers sur la thématique du deuil.
Ces expériences m’ont donné envie d’évoluer dans le domaine de la formation. J’ai alors décidé de quitter mon poste en EMS et d’obtenir le brevet fédéral de formatrice d’adultes. Lorsque je suis tombée sur l’offre d’emploi de formatrice de français chez ProLog-emploi, j’ai tout de suite su que c’était une opportunité idéale pour moi. Mon expérience dans le domaine des soins me permet aujourd’hui d’accompagner les participant·e·s à partir de situations concrètes qu’ils·elles rencontrent dans leur travail, que ce soit en EMS, à l’hôpital ou en établissement socio-éducatif. En parallèle de mon activité chez ProLog-emploi, j’occupe également un poste à temps partiel de secrétaire dans une garderie.
Comment décrirais-tu ton rôle dans ces ateliers de français ?
Dans ces ateliers de français, mon objectif va au-delà de la conjugaison, de la grammaire et de la lecture. J’essaie de transmettre aux participant·e·s l’idée qu’ils·elles sont des acteur·rice·s primordiaux·ales de l’accompagnement des résident·e·s.
Quel que soit leur poste — qu’ils·elles soient soignant·e·s, employé·e·s en intendance, employé·e·s au service technique ou aides de cuisine — chaque rôle a la même importance. En prendre conscience donne du sens et de la satisfaction dans son travail. Cela permet de s’accomplir dans ce que l’on fait. À mes yeux, le travail en équipe, la solidarité entre collègues et la bienveillance envers les résident·e·s sont précieux dans ce domaine.
Quels publics participent à tes cours ?
J’accueille des personnes de diverses origines : majoritairement d’Érythrée, mais aussi d’Espagne, du Brésil, du Nigeria, de Biélorussie ou encore d’Albanie. La plupart travaillent en intendance, en cuisine ou comme auxiliaires de santé. Les niveaux de français varient du A2 au B1, tout comme leurs parcours de vie.
Je fais du sur-mesure et m’adapte beaucoup à leurs besoins tout en tenant compte de leur niveau d’énergie. Apprendre le français tout en travaillant représente un véritable défi. Ce sont des métiers physiques avec des horaires qui débutent tôt le matin. Certain·e·s cumulent de longs trajets et la vie de famille.
Le fait de devoir constamment traduire et rester en alerte génère de la fatigue. Pourtant, malgré ces difficultés, les participant·e·s arrivent toujours à l’atelier avec le sourire et se montrent très reconnaissant·e·s.
Quelle place donnes-tu à la prise de parole ?
Selon moi, le niveau de français ne doit pas être un frein à la prise de parole. J’encourage chaque participant·e à s’exprimer sans craindre les erreurs, car leur opinion est importante et a de la valeur.
Je veille également à renforcer la cohésion du groupe : j’aimerais que cet atelier soit un véritable espace de lien, où chacun·e peut échanger avec des personnes vivant des situations similaires et travaillant dans le même domaine.
Je privilégie le travail en duo et les discussions en groupe afin de favoriser la participation et l’expression orale, quel que soit le sujet. Je pense que ce sont des petits paliers pour parvenir ensuite à une prise de parole en équipe sur leur lieu de travail.
Tes valeurs personnelles influencent-elles ton enseignement ?
Oui. Mes parents sont Italiens et ont immigré en Suisse pour y travailler. Ils ne parlaient pas du tout le français et n’avaient pas de possibilité de suivre des cours à l’époque. J’ai vu ma maman se sentir jugée, parfois humiliée. Les regards, les intonations de voix, le mépris qui se lit dans les yeux, sur un visage… Elle m’en a souvent parlé et c’est quelque chose qui s’est inscrit en moi. C’est pourquoi je suis aujourd’hui particulièrement sensible à ces situations.
L’histoire de mes parents m’a aussi convaincue que l’intégration passe avant tout par le travail et par une indépendance financière, car c’est ce qui permet de faire de vrais choix.
À mes yeux, chaque être humain a une place dans la société. ProLog-emploi représente pour moi une véritable lueur d’espoir d’une autre vie possible. Les personnes peuvent ouvrir un nouveau livre, commencer une autre histoire.
As-tu des souvenirs marquants de cette première année à ProLog-emploi?
Oui. Un participant m’a particulièrement émue. Son frère venait de décéder, et malgré sa peine, il a tenu à venir à l’atelier de français. C’était très touchant, car dans ce moment de tristesse, c’est auprès du groupe qu’il a choisi d’être.
Je me dis que si l’on parvient à créer un espace où l’on apprend le français tout en se sentant écouté·e et en confiance, alors c’est une vraie réussite. À mes yeux, ProLog-emploi incarne justement cela : un lieu où les personnes peuvent trouver une bouffée d’air et un peu de légèreté dans leur quotidien.
Enfin, si tu devais résumer tes ateliers en deux mots ?
Vivants et légers
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